7e jour du printemps – Première lettre
Cher Albert, mon oncle,
Je suis affreusement désolée de t’apprendre par cette missive que je n’ai pu me mettre en route pour la Cité de Dalles le jour prévu. Une complication urgente retient mon attention, une querelle entre l’un des jeunes fils de la Duchesse d’Ell et une Maître Mage au service des Rougeon, qui a déjà pris des proportions inconvenantes. Il ne faudrait pas que cela devienne le déclencheur d’un conflit plus important entre les duchés, surtout en cette période délicate. Je dois donc m’assurer que cet incident ne sorte pas des murs de l’Académie. Je travaille également à la rédaction d’un règlement strict afin que de tels désordres ne se reproduisent plus. Une seule braise peut déclencher l’incendie, me répétais-tu autrefois. Je pense donc que tu comprendras aisément ma décision.
Cette affaire exceptée, je ne saurais t’exprimer ma fierté de voir l’Académie croître de jour en jour, tant par l’érection progressive de cet édifice qui s’annonce grandiose que par le rassemblement des plus grands Mages de notre temps et de leurs élèves. Tant de connaissances qui pourront désormais être partagées pour le bénéfice de tous ! Maître Louis lui-même, d’habitude si flegmatique, s’enthousiasme chaque jour davantage lors de débats avec des guérisseurs venus de toutes parts. Il m’a même confié hier que ses échanges avec le Sage Tadi, le seul descendant de Trisse à avoir accepté mon invitation, lui donne bon espoir de pouvoir améliorer les soins qu’il te procure. Si son intuition s’avère être juste, je ne saurais imaginer plus belle récompense pour ma peine que de savoir que ma folle entreprise ait pu te soulager.
Mon départ a beau être reporté, je tiens à t’assurer que je serai de retour à la Cité de Dalles avant le premier jour de l’été. Je me mettrai alors complètement à ta disposition pour te libérer enfin de ce lourd devoir de régence. Je m’en remets à tes conseils et ton expérience et je te prie affectueusement, mon oncle, de prendre soin de toi et de continuer à veiller sur mon cher frère.
Que Gaal vous garde,
Marguerite de Dalles, Princesse héritière du royaume Dorien