Le cauchemar commence avant.

Les situations changent mais le cœur de ces drames reste le même. Tu n’y es même pas toujours toi, les personnages sont variables. Nous sommes ensemble, seuls face à un paysage ou isolé parmi la foule. Tu me souris, et je te souris en retour. C’est là que tout commence.

Mes pensées comme des vagues déchaînées m’arrachent au sol ferme de la réalité. Je te souris et je voudrais te parler. Mais que dire ? Comment attirer ton intérêt ? Te raconter ma journée inintéressante ? T’interroger sur ce travail que tu détestes ? Me rabattre sur le dernier blockbuster sans savoir de quoi il retourne ? Te demander si le verre que tu bois est à ton goût ? Je ne vais pourtant pas te parler de la météo !

Et pendant que ces pensées m’assaillent et me noient, je vois ton regard qui dévie. Ton sourire perd de sa fraîcheur, et je me débats dans ce tsunami de confusion. Une chanson connue me revient mais est-ce le bon moment ? Trop tard, elle a déjà été recouverte par le ridicule qui me transpercerait.

Et je te vois vider ta bouteille ou ton verre, et me faire un sourire poli, celui qui signifie « Je vais y aller. » Alors une tornade déferle, mugissante, dans la panique de te retenir, sachant aussi qu’il suffirait peut-être d’une phrase, d’un mot qui te parvienne par-delà les rugissements du vent. Mais du milieu du tourbillon, je te vois te lever et l’horreur m’envahit, de cette honte d’avoir échoué encore et de cette solitude désolée que je peux plus supporter et qui m’attend néanmoins, cette amante toxique et possessive. Je perds pied. Je hurle.

Mais cette fois, mon cri se traduit en un murmure timide.

Ton acquiescement surpris et le réveil de ton sourire apaise aussitôt la tempête. Je retombe sur l’île de mes pensées, rompue contre le sable et les rochers. Mais cette fois, une brèche m’apparaît dans cette muraille mentale. Une étoile entre les nuages.

Alors que tu reviens, je sens les vagues se jeter à nouveau sur moi. Et le cauchemar recommence.