Un Nouveau Départ
Le Moisi barbu traversa lentement l’assemblée en direction de notre pop-corn. La moisissure grise le recouvrait entièrement, mais la forme des ses alvéoles était toujours reconnaissable : c’était bien lui qui avait enseigné les assaisonnements à Bob ! Soulagé, celui-ci bondit vers lui.
« Maître Moisi ! J’ai tout fait comme vous me l’avez dit, crissa-t-il. J’ai répété votre message aux autres graines, je les ai encouragées jusqu’au bout. Mais… »
Bob se mit à sangloter, des larmes d’huile surgirent de sa membrane.
« Mais tu as été salé, » finit lentement le Moisi barbu.
Bob acquiesça lentement. Les sucrés crissèrent de panique derrière lui.
« Je te reconnais, reprit le Moisi au bout d’un instant. Je vois. Malgré mon enseignement, tu t’es fait salé. Mais comme ça ne te plaît pas, tu t’es échappé du tapis roulant et maintenant tu cherches à pervertir notre assemblée.
– Pas du tout, je…
– Silence, cria le Moisi. Qui es-tu pour oser remettre ma parole en question ? »
Bob, stupéfait, sentit ses alvéoles se racornir de terreur. Le barbu secoua sa mousse grise de dépit avant de grincer :
« Renvoyez ce salé dans l’usine immédiatement ! »
Les sucrés bondirent sur Bob qui protesta et supplia en vain. Il fut rapidement repoussé vers le mur à coup d’alvéole. Au milieu des couinements de la mêlée, il ne distingua qu’un crissement strident :
« Qui a amené ce sale salé parmi nous ? »
Soudain, les moisis s’écartèrent et un coup violent projeta Bob contre le mur. Face à lui, deux sucrés soulevèrent l’énorme brosse de trois graines de longs et l’abattirent sur lui. Notre pop-corn bondit pour éviter le coup et se précipita dans la brèche. Il entendit la brosse s’abattre sur le sol derrière lui. Puis, le passage fut complètement obstrué et Bob se retrouva seul dans l’obscurité.
Après un court instant de sidération, il éclata de colère. Il avait fait tout ce qu’il fallait, tout ! Après tout ce qu’il avait enduré, il ne méritait pas d’être traité ainsi ! Pour qui ils se prenaient ces sales Moisis ? Qu’ils aillent tous aux oiseaux !
Ses grincements de fureur résonnèrent jusqu’à ce que Bob soit à court d’inspiration. Le silence reprit alors possession de l’endroit. Bob frissonna, revenu à sa réalité oppressante. Il roula lentement jusqu’à la sortie de la brèche. Dans l’obscurité de l’usine endormie, il perçut de légers bruits, signes de la vie nocturne de ses habitants. Une ombre bruissa contre le mur à quelques graines de distance, incitant Bob à rester à l’abri de la fissure pour l’instant.
A l’affût dans l’obscurité, il prit le temps de réfléchir. Tout ce qu’il lui fallait, se répétait-il, c’était une chance de s’expliquer directement auprès des Géants. Et pour cela, la seule solution était d’infiltrer la chaîne des sucrés. Mais comment faire ? Et comment même les trouver ?
Ses réflexions furent interrompues par un « KLONK » retentissant.
La lumière revint, puis le bruit des machines réactivées. L’air vibra autour de Bob en un léger courant d’air. Déjà, des boulettes de poussière voletèrent sur le sol, et bientôt, des éclatements de graines de maïs résonnèrent dans le lointain. Le jour était de retour, et avec lui l’activité de l’usine.
Bob avait à peine roulé hors du mur qu’un bruit derrière lui le fit sursauter. Le pop-corn à crête surgit de la fissure et s’arrêta à côté de lui. Des traces d’huile couvraient sa membrane, et sa haute alvéole pendait tristement sur le côté, déchirée. Même sa couleur si vive la veille avait terni.
Il observa un instant l’usine face à lui, puis il crissa à Bob :
« Suis-moi, je dois te ramener sur la voie des Géants. »
Stupéfait, notre pop-corn ne sut que répondre. Le sucré s’éloignait déjà en roulade agiles le long du mur. Malgré ses innombrables questions, Bob bondit à sa suite.
A SUIVRE