7e jour du printemps – Seconde lettre
Jean, mon frère,
Quel soulagement de savoir cette si longue guerre enfin terminée, et quelle fierté de savoir que ce sont tes victoires, mon frère, qui ont acculé l’Empire d’Albie à la reddition. Tes exploits sont sur toutes les lèvres, ton retour prochain s’annonce déjà triomphal et ma seule déception est de ne pouvoir y assister. Pour me faire pardonner, je puis néanmoins t’apprendre que je supervise à l’Académie la fabrication d’une épée enchantée en prévision de ta nomination au titre de Grand Général du royaume Dorien. Bien sûr, cette information n’est pas encore officielle, mais notre oncle me pardonnera cette légère indiscrétion. Plus que quiconque, tu mérites ce titre prestigieux et ces honneurs, et tu ne peux concevoir mon allégresse de pouvoir bientôt te les décerner en personne.
Mais nous en reparlerons le moment venu. Ton temps comme le mien sont précieux, je serai donc brève. Ce que je te demande, mon frère, nécessite de garder pour toi certains détails de ce message. Comme tu le sais, mon dix-huitième anniversaire approche et avec lui mon prochain couronnement prévu pour l’été. Dès l’instant où je reviendrai à la Cité de Dalles, notre oncle ne me laissera plus esquiver mes responsabilités. C’est pour cette raison que je me permets, avant de rentrer, une dernière escapade, un dernier voyage afin d’achever ce pour quoi j’étudie depuis tant d’années : devenir une Grande Maître Mage. Notre oncle nous avait parlé en termes dédaigneux de l’épreuve à passer pour obtenir ce titre, te souviens-tu ? Il prétendait cette cérémonie surfaite et dangereuse. Mais après tant d’années d’études et de privation, je tiens à m’y confronter et à être reconnue, non pas pour ma naissance, mais pour mes capacités réelles. Je sais que tu comprendras ce sentiment. Le jour où tu liras cette lettre, j’aurai déjà quitté l’Académie pour une destination que je ne peux te dévoiler, à part qu’elle se situe dans les plaines voisines de l’Arbre Pilier.
Comme il me faut justifier mon retard auprès de notre oncle, je lui ai adressé une missive expliquant que j’ai été retenue à l’Académie à cause d’une dispute entre deux familles ducales. J’ai également donné cette même explication à notre jeune sœur Lysa en qui je ne peux plus avoir confiance. Ces années passées à régenter Dalles seule au côté de notre oncle semblent avoir entaché sa nature généreuse. Sa duplicité et son influence grandissante ont déjà attenté à mes projets ; je doute donc qu’elle reste inactive à nos retours consécutifs, même s’il lui serait difficile d’entacher ta renommée actuelle.
Ce qui m’amène à mon dernier sujet. Bien que notre oncle ait exagéré la dangerosité de l’épreuve magique que je m’apprête à passer, je ne puis négliger le risque que celle-ci tourne mal, ou qu’une rencontre malencontreuse tourne à mon désavantage sur la route. Ce serait irresponsable de ma part de laisser cette situation en suspens. C’est pourquoi, en reconnaissance de tes victoires et de ta loyauté, dans le cas où je devais ne jamais revenir de ce voyage, je joins à cette lettre une déclaration officielle dans laquelle je te désigne officiellement, mon frère Jean, Gardien du trône de Dalles. Je sais que notre oncle te soutiendra et pourra certifier l’authenticité du cachet des Dalles.
Je te demande donc, mon frère, de m’accorder cette dernière fantaisie et de garder ces informations pour toi le temps que tu jugeras nécessaire. Comme je l’ai promis à notre oncle, je serai de retour à la Cité de Dalles avant l’été. Il sera alors temps de réfléchir à l’avenir, à nos terres, à nos peuples, à nos si vastes responsabilités.
A nos prochaines retrouvailles,
Marguerite de Dalles, Princesse héritière du royaume Dorien
Eh bien, j’attends la suite avec impatience 😉