La Quête 

Ayant avancé des heures durant, assourdi par les machines, notre pop-corn épuisé et crasseux se demandait s’il avait pris la bonne décision. Le vent s’était apaisé, ce qui lui avait permis de s’éloigner du mur sans danger, mais le paysage n’avait guère changé autour de lui. Surtout, il n’avait pas croisé la moindre miette de graine.

Un « KLONK » retentissant le tira de ses réflexions. Les machines couinèrent, sifflèrent, et s’arrêtèrent. Puis les lumières claquèrent et s’éteignirent les unes après les autres. En quelques minutes, l’obscurité et le silence envahirent les lieux, laissant notre pop-corn encore plus désemparé, perdu au milieu de l’étendue bétonnée.

Bob erra dans les lueurs résiduelles durant un temps qui lui parut impossible à mesurer. A l’affût du moindre son, il percevait de nombreux petits raclements et grincements, à partir desquels son anxiété inventait des origines insensées.

Soudain un crissement familier se fit entendre, faible mais proche. Bob s’arrêta. Le crissement reprit. Bob se mit à rouler dans sa direction, en appelant doucement. Il distingua bientôt une petite forme de pop-corn qui bondissait dans sa direction.

« Oho ! » faisait-elle.

« Par ici !» cria Bob soulagé.

Ils se précipitèrent l’un vers l’autre, chacun bondissant aussi vite que ses alvéoles le lui permettaient.

« Je suis là ! » cria notre pop-corn.

« Oh secours ! » grinça l’autre. « A l’ai…

La mâchoire d’un rat monstrueux coupa brusquement et son élan et sa phrase.

Bob se laissa rebondir sur place, figé par l’horreur. Le rat se dressa sur ses pattes arrière, haut comme une cinquantaine de graines. Il attrapa l’autre pop-corn qui crissait de désespoir entre ses pattes et entreprit de le déchiqueter goulûment.

Bob voulait fuir, mais ses alvéoles refusaient de bouger. Il finit par réussir rouler en arrière, lentement, pour s’éloigner de la créature. Au bout de quelques roulades, le rat leva ses yeux rouges vers notre pop-corn, léchant ses dents luisantes. Bob bondit dans l’obscurité. Il fonça dans la nuit, trébuchant et rebondissant. Un cafard surpris apparu devant lui, Bob bifurqua sans attendre dans une autre direction.

Ce fut un choc qui l’arrêta, un mur qu’il heurta en pleine course. Bob roula sur le sol et s’immobilisa, complètement sonné. Lorsqu’il voulu se redresser, il s’aperçut que l’impact avait enfoncé plusieurs morceaux de sel au creux de sa membrane. Ceux-ci le brûlaient à chaque mouvement. Une de ses alvéoles était brisée, et il avait atterrit au milieu de crottes de rat !C’en était trop. Bob se mit à pleurer à chaude huile, et se recroquevilla sur lui-même. Qu’avait-il donc fait pour mériter ça ?

Son huile se tarit peu à peu. La nuit s’éternisait, grouillante, menaçante. Bob devait trouver un abri, et vite. S’appuyant sur ses deux alvéoles restantes, Bob roula doucement jusqu’au mur. Mais ce n’était pas celui qu’il avait longé plus tôt dans la journée. Celui-ci se constituait de briques rugueuse, liées par un vieux ciment qui s’effritait au toucher. Notre pop-corn se mit à longer prudemment le mur, les sens aux aguets, à la recherche d’un creux dans lequel se cacher.

« Qui va là ! »

Le crissement surgit de nulle part, Bob sursauta. Près à bondir, il se risqua à répondre.

« Je suis perdu ! »

« Ne bouge plus. »

Un pop-corn sortit d’une cavité dans le mur. Une alvéole dressée formait une sorte de crête tachetée au-dessus de sa membrane. Il toisa notre pop-corn un instant puis lui fit signe de le suivre. Peu rassuré, Bob s’engagea derrière lui, à travers une longue fissure dans la pierre.

A SUIVRE